Texte du catalogue de l`exposition Traversée
(Continuation)En travaillant sa peinture en séries, l'artiste consolide ses thèmes de
toujours, ceux qui ont comme colonne vertébrale l'homme et son environnement. C'est la
traversée des petits villages de l'indigène qui habite dans une maison de paille en
communauté intégrée aux grandes familles, à la maison de ville où l'homme vit
entouré d'objets, qui sont, pour la plupart, d'une certaine banalité.
Ne pas se sentir totalement seul. C'est pour cela que sa peinture est une métaphore d'un
lieu animé de présence et de non/présence, d'être là et de ne pas y être, de
sentiments mystérieux et de signes sans référence littéraire.
Tout cela l'artiste l'utilise comme prétexte et s'installe dans la peinture-peinture,
celle où la couleur et la lumière ont une fonction. La matière picturale définit la
structure de la toile en grands plans de lumière et d'ombre coloriés, peuplés d'objets
en solitude.
La peinture - série "Traversée", (le lit), a une
importance toute particulière. Un grand lit couvert de couleur ocre jaune est tracé en
raccourci. Il est d'emblée en premier plan.
Ce lit est le symbole de ce qui n'est pas. Il est aussi l'objet
quotidien qui attend pour accomplir sa fonction.
Comme toutes les caractéristiques de la peinture de Mundaray, le lit est l'environnement,
c'est ce qui est là, ce qui reste.
Avec un répertoire figuratif aux formes d'objets, parfois abstrait,
se configure dans l'espace le tracé du mouvement, dans lequel l'artiste tend vers un
vocabulaire d'essence minimaliste, le plongeant ainsi dans les riches possibilités du
dialogue plastique entre le figuratif et l'abstrait.
C'est là que réside la modification de l'ordinaire l'élevant vers
le sublime par une proposition en partie conceptuelle. La peinture est ainsi sous le poids
de quelque chose d'autre que la signification. Elle contient la surprise du voyageur vers
l'inconnu, vers ces atmosphères tangibles : la lecture est immédiate. Le discours
pictural de l'événement semble se situer avec peu d'éléments ...
Ismael Mundaray, avec patience et volontés sauvages, réfléchit
dans sa peinture sur l'homme comme lui, sur les vies comme la sienne, proposant ainsi un
voyage créateur dans lequel rien n'est simple ni abandonné au hasard.
Tout le contraire, le calcul fait partie d'une attitude créatrice où le formel est le
moyen d'exprimer un thème et vice-versa. Finalement, l'important est faire de l'art.
Ces études d'ingénieur en géodésie ne lui ont pas été
inutiles,
ni celles de dessin qui lui ont permis de maîtriser l'espace pictural, ni celles des long
voyages et connaissances des réalités de l'homme avec ses préoccupations matérielles
et ses inquiétudes métaphysiques. Tout cela forme une unité absolue au moment d'aborder
la réalisation d'une nouvelle série qui se structure, comme toujours, autour de
l'habitat et de l'habitant.
Cette nouvelle "Traversée" est une conséquence des
séries Orinoco, Wabanoko, Casas con corrientes de aire y Shabonos. Avec l'acuité
scientifique de l'anthropologue, Mundaray a transporté l'univers des cultures indigènes
vénézuéliennes et de leur environnement. Avec la perspicacité de l'homme moderne il a
étudié les sociétés contemporaines. Cette étude le projette de l'Orénoque à la
Seine.
L'hypothèse : "La traversée c'est moi" soumet l'artiste
à prendre possession d'un thème qui lui appartient profondément et sans peu de lien
avec les autres. La traversée comme espace où les vestiges éloquents et silencieux de
vies passées, présentes et futures s'articulent. La continuité de l'histoire d'un homme
règne par le biais de ses témoignages les plus proches.
"Les représentations des choses usuelles qui m'entourent, une chaise, une chemise,
un costume, des chaussures... c'est ma traversée picturale du Delta du fleuve Orénoque
vers t'univers intime des objets. Mais la maison est l'objet central de mon inspiration de
cette série et des précédentes" dit Mundaray.
Ismael se déplace de son espace local vers l'espace universel, dans
la métaphore de l'esprit et de l'âme. C'est à ce point précis que la curiosité et le
travail donnent à l'artiste le calme inébranlable de celui qui n'obéit à aucun caprice
de l'imagination.
Sa maîtrise des moyens plastiques, sa clarté des objectifs
enrichissent la source de son imagination.
Il a le dernier mot.
Bélgica
Rodríguez
Critique d'Atr
Ex-présidente de l'Association Internationale des Critiques dart (A.I.C.A.)

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